Un père sans soucis - Heather Mejia

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Un père sans soucis

Un père sans soucis - Heather Mejia

Mon père ne savait faire qu’une seule chose. Tondre le gazon. Vu la longueur des hivers, c’est dire si on l’a vu souvent faire quelque chose. Ma mère passait son temps à vouloir absolument le remuer, afin qu’il cède à faire deux ou trois choses, comme passer l’aspirateur, repasser ses chemises, ou encore et surtout, ranger son garage. Je ne vous raconte pas les heures zen que j’ai passées chez mes parents. Je me suis toujours demandé, s’il n’y avait pas un malin plaisir chez eux, à vouloir toujours se prendre la tête pour avoir l’impression de vivre. Comme si rompre le silence était un signe évident de présence. Non pas que ce ne le soit pas. Mais si je devais simplement faire quelques suggestions, il n’a jamais été dit que le bruit solutionne quoi que ce soit.

Le printemps arrivait, la fonte des neiges avait été particulièrement rapide cette année. Il était temps de vérifier le moteur de la tondeuse. Cependant, nous tombions cette année, sur un petit problème. Il y avait un dégât des eaux au sous-sol. Il fallait trouver quelqu’un pour faire un drainage au plus vite. Alors que j’appelais un cousin pour qu’il vienne donner un coup de main, ma mère arriva en chialant. C’était la bonne occasion pour obliger mon père à faire quelque chose de ses 10 doigts. Je lui disais que ce n’était certainement pas une bonne idée, étant donné que c’était assez sérieux de faire que les drains soient bien débouchés. Elle n’entendait rien. Elle pointa du doigt mon père, et le menaça de ne plus jamais cuisiner, s’il ne faisait pas le nécessaire lui-même.

Qu’il ait réussi à déboucher les drains aurait été du miracle. Il avait, pendant que ma mère était sortie, demandé au voisin de venir le faire avant qu’elle ne revienne. Cela aurait pu marcher, si seulement il avait choisi le bon voisin. Il avait ramené le seul qui était son égal dans les qualités manuelles. Ces travaux, qui auraient normalement dû durer quelques minutes, durèrent une semaine. Je ne sais ce qu’ils étaient arrivés à coincer. En tous les cas, ils l’avaient bien fait. Il avait bien fallu trois heures à l’ouvrier pour défaire leur travail. Ma mère arrêta de faire à manger, ce qui ne m’arrangeait pas. En quelques jours, mon père était devenu expert en barbecue. Il avait même fini par partager ses saucisses avec son voisin, au grand damne de ma mère. Il est dit que la bonne fortune sourit toujours aux fainéants. Une bonne manière de dire qu’ils ont l’art de savoir s’extirper de tous les soucis.