Une colocataire engagée - Heather Mejia

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Une colocataire engagée

Une colocataire engagée - Heather Mejia

J’avais été colocataire pendant deux ans, avec une jeune infirmière. On ne se voyait presque jamais. Elle faisait très souvent 36 heures en ligne, et passait le reste du temps à dormir. Nous nous entendions très bien grâce à cela, et à l’exception de lui faire un peu la cuisine, je ne pouvais que me réjouir d’avoir une colocataire aussi calme. Il lui arrivait de temps en temps de revenir avec une autre infirmière pour partager sa chambre. Elles avaient un métier qui leur demandait beaucoup physiquement et psychologiquement, et devaient apprendre très vite à devenir solidaires pour tenir le coup.

Elle laissa un jour, sans trop faire attention, un pamphlet qui venait certainement d’une agence placement infirmier. Il y avait d’inscrit dessus, juste le nécessaire pour inciter des infirmières et des infirmiers à aller s’inscrire, pour se faire recruter auprès d’eux. Il y avait assez d’arguments, pour inciter même les plus sceptiques, à aller y faire un tour pour demander des renseignements, avant de faire une croix sur le système public, pour ne travailler que dans le monde du privé. Je voyais que même jeune, son métier commençait à lui peser. Elle avait certainement envie de vivre un peu plus sa vie, et de ressentir autre chose qu’une fatigue quotidienne. Je ne pouvais la blâmer, même si je trouvais que la gestion d’infirmières en dehors d’un système hospitalier, n’était pas trop morale, en ce qui me concerne.

Elle revenait quelques jours plus tard avec sa nouvelle amie infirmière, un peu plus tôt. Elle avait été choisie dans une agence, et débutait dès le lendemain. Jusqu’à présent, je ne la voyais jamais. Dorénavant, elle était presque tout le temps à la maison, assise près du téléphone, attendant un appel pour aller travailler dans un secteur précis. Elle revenait dormir presque chaque soir, et commençait même à ressortir la nuit avec quelques amis. Elle se sentait finalement encore plus libre, et avait encore plus de temps que lorsqu’elle était étudiante. Son salaire était beaucoup plus conséquent, et ainsi,  elle avait décidé de déménager pour aller vivre beaucoup plus près des secteurs où elle allait souvent travailler, pour évidemment, gagner encore plus de temps de libre. Elle avait enfin trouvé un équilibre très essentiel dans sa vie. Elle continuait à faire le métier qu’elle avait choisi. Elle retrouvait le goût de sortir et de s’amuser avec ses amis. Elle gagnait enfin assez d’argent pour voir son avenir un peu plus rose, et se permettre l’anticipation de quelques événements qu’elle avait à cœur de voir apparaître. Je ne pouvais que la féliciter d’avoir réussi sa vie.